Casser les couilles
(Illustration: Henning Studte/ www.studte-cartoon.de)
Ode à mes collègues qui évoquent trop souvent leurs « cojones », même quand elles n’en ont pas.
« Che palle ! », s’exclame ma collègue italienne en levant les bras au ciel : Internet a de nouveau planté. Ca lui « casse sacrément les couilles ! ». Il n’est pas rare que les Italiens utilisent le champ lexical des parties sensibles masculines pour crier et gesticuler, sans mesure et sans gêne. En Allemagne, une jeune fille de 25 ans, à jeun, qui emploierait en pleine journée des mots comme « couilles », « boules » ou « coucougnettes » n’attirerait que des regards étonnés.
L’expression assez sèche « Das geht mir auf den Sack », qu’on peut traduire par « ça me casse les couilles », n’est utilisée que de temps en temps en Allemagne. Mais il est stupéfiant de voir avec quelle régularité et quelle banalité ces jurons sont employés dans les langues romanes. « Non mi rompere i coglioni » ou même « non mi rompere le palle » (« ne me casse pas les couilles ») peut même être dit de manière très naturelle entre collègues.
Il existe une variante en italien pour désigner ces organes, comme le mot « maroni » (« les marrons »), ce qui fut fatal au ministre de l’intérieur italien Roberto Maroni qui porte un nom bien imagé : la « rottura di Maroni », « la rupture » qu’on attendait de lui, fut vite détournée comme vous pouvez vous en douter.
Les explications de mon collègue espagnol sont tout aussi sympathiques : « En Espagne, tout ce qui est bien est comparé avec les couilles, ce qui n’est pas bien, avec le sexe féminin. » En Espagne donc, le mot « cojonudo » (de l’espagnol « cojones », « couilles ») décrit quelque chose de génial ; quand on a un fou rire, on parle de « descojonarse » !
En fait, en espagnol, on peut tout exprimer en employant des mots tournant autour des meilleures parties des hommes : elles peuvent être carrés (« tener los huevos cuadrados ») quand on est un peu lent à la réflexion, ou être portées comme des cravates (« tener los cojones de corbata »), quand on a peur. Les Français sont des machos aussi car « être couillu » signifie aussi bien être bien équipé, qu’avoir de la chance. Mais attention, si on en abuse, tout risque de « partir en couilles ». « Che palle », chers collègues !
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